C. Conséquences à l’échelle de la colonie.

En affaiblissant les organismes des abeilles, les ponctions d’hémolymphe sont responsables d’un affaiblissement des défenses globales du super-organisme (la colonie)16,26. Ce dernier est alors plus sensible et s’expose à toutes sortes d’infections. D’autre part, varroa est vecteur de nombreux virus dont on peut observer les conséquences dans la ruche, comme le virus des ailes déformées (DWV)9, le virus de la paralysie aiguë (ABPV) ou le virus du Cachemire (KBV). Pour les autres virus responsables de maladies de l’abeille, le rôle vecteur de varroa est fortement suspecté mais pas démontré. Quoi qu’il en soit, ce rôle aggrave les conséquences sanitaires sur la ruche d’une infestation par varroa  (Wilfert, 2016).

Lors de l’ouverture des ruches, les femelles varroa sont visibles, plus ou moins nombreuses, accrochées sur les abeilles adultes, les nymphes et les larves, ou sortant des cellules d’ouvrières émergentes. Elles sont difficiles à voir, il faut avoir l’œil exercé.  inspection visuelle L’un des premiers signes d’infestation à varroa est visible à l’œil nu si on observe bien les abeilles, c’est la présence d’abeilles aux ailes déformées. Toutes les observations et les études réalisées sur ce sujet ont bien démontré la corrélation entre la présence de varroa et le niveau de charge en virus, principalement le DWV9 (Wilfert, 2016).En Nouvelle-Zélande, depuis 2001 et en Australie depuis 2015, cette maladie est apparue avec l’arrivée de Varroa destructor. Le diagramme suivant montre la corrélation entre l’apparition de charges virales élevées au sein des colonies et l’arrivée de Varroa destructor en Nouvelle-Zélande. C’est très sensible pour le DWV : la prévalence du virus (proportion des colonies atteintes du virus) a explosé après l’arrivée de varroa.

Dans une colonie d’abeilles, la charge virale en DWV continue de croître après un épisode de varroose, même si l’on réduit la population de varroa dans cette même colonie. Les varroas sont eux-mêmes porteurs de charges très élevées de virus DWV, et peuvent ainsi maintenir un important niveau d’infection virale de la colonie infestée initialement par varroa18.

Un phénomène aggravant est la conséquence d’une infestation à varroa : plus la population d’abeilles de la colonie diminue, notamment à cause de l’infestation, plus la pression parasitaire est forte sur les abeilles restantes. Alors que la population d’abeilles décroit, la quantité de varroa continue de croitre (Fries, 2003). L’infestation relative des abeilles est donc beaucoup plus importante et l’affaiblissement de la colonie d’autant plus important. Une étude a montré que l’infestation relative pouvait passer de 18% à 78% de fin juillet à mi-août23.

source link Ce qui se passe en réalité, c’est que lorsque la population d’abeilles de la colonie diminue, en parallèle, la population de varroa ne diminue pas. Il reste donc autant voire plus de varroa pour infester un plus petit nombre d’ouvrières. Si le traitement de l’infestation à l’automne est inadapté, insuffisant ou inexistant, les colonies sont très affaiblies en sortie d’hiver14 (Dainat, 2012). Cet affaiblissement, qui peut aller jusqu’à la mort de la colonie en quelques mois ou en quelques années, est perceptible surtout en période hivernale22.

La particularité de la période hivernale est l’importance de la taille de la grappe d’abeilles d’hiver qui permet de maintenir une température et une ventilation optimales dans la ruche. Si la colonie est faible, le passage de la période hivernale est compromis. Plusieurs études ont démontré le lien entre la mortalité hivernale et la charge résiduelle en varroa phorétique à l’issue du traitement anti-varroa12. La figure ci-après, issue d’une étude du projet RESAPI, met en évidence une mortalité hivernale de l’ordre de 12% dans le cas d’une faible présence de varroa phorétique, contre 40% dans le cas d’une forte présence.

La performance de la colonie est aussi altérée par l’infestation par varroa. Le projet APIMODEL a mis en évidence, sur 3300 ruches en miellée de lavande, des différences de niveau de production de miel entre les colonies faiblement infestées et les colonies fortement infestées11. Les colonies pour lesquelles le comptage est de plus de 3 varroas phorétiques pour 100 abeilles, produisent en moyenne 3 kg de miel en moins, et plus de 6 kg en moins à partir de 5 varroas phorétiques pour 100 abeilles (figure ci-dessous)

À l’échelle de la colonie, la varroose a donc un impact défavorable majeur, tant sur les défenses que sur la santé, la productivité et la longévité de la population d’abeilles6,12,13,23 (Aronstein, 2012)